Pour une théorie des écarts
Littoral, grottes, ombres

Isabelle Ha Eav Ruiz

Exposition du 4 juillet au 4 octobre 2026

Vernissage le samedi 4 juillet 18h30-20h30

4 juillet > 30 août

du MERCREDI au SAMEDI - 10h00-12h30 / 16h00-18h30

5 septembre > 4 octobre

SAMEDI & DIMANCHE - 10h00-12h30 / 16h00-18h30

sur RDV : 06.64.84.06.01 / contact@hasy.fr

Exposition réalisée dans le cadre de la Résidence Recherche Photographique

avec le soutien du programme «CAPSULE» du Ministère de la Culture

Pour une théorie des écarts

Au Pouliguen, la Côte Sauvage et ses grottes façonnées par l’érosion, les marées et le temps constituent le point de départ de cette série. Ces cavités ouvrent dans le paysage des espaces de retrait où les repères se déplacent : la lumière s’y diffracte, les contours se fragmentent, les limites se brouillent.

Les photographies ont été réalisées sur la Côte Sauvage, et certaines s’appuient également sur des images d’archives issues du Musée des Marais Salants et de collections privées, prolongeant ainsi un dialogue entre observation directe et mémoire du lieu.

Le titre Pour une théorie des écarts fait écho à la pensée de Rosalind Krauss, pour qui l’œuvre ne se fixe jamais dans une forme stable mais se construit à travers ses déplacements. L’écart n’est pas ici une rupture, mais un intervalle actif : un espace de transformation qui laissent émerger plusieurs manières de voir.

Cette notion traverse à la fois le paysage et le processus de fabrication des images. La grotte apparaît comme un seuil : un lieu où le visible se retire autant qu’il se manifeste, où l’extérieur glisse vers l’intérieur, où la roche devient surface de projection. Elle n’est pas seulement un espace à représenter, mais un dispositif du regard, qui met en tension ce que l’on voit et ce qui échappe. Comme les marées qui révèlent puis recouvrent les cavités, les images se construisent dans un mouvement d'apparition et d'effacement.

La pratique de la gomme bichromatée prolonge ce mouvement. Cette technique, inventée au milieu du XIXe siècle, mêle les procédés de la photographie et de la peinture, avec l’utilisation de pigments, pinceaux et brosses. Par superpositions de couches pigmentaires, chaque tirage constitue une apparition progressive de l’image. Les valeurs se déplacent, la lumière est absorbée ou réorganisée, les noirs s’épaississent, et des formes latentes émergent. L'image se révèle par étapes, dans la lente superposition des pigments : elle se construit dans le temps, au rythme de ses transformations successives, comme une matière en cours de révélation.

Entre le lieu, sa représentation et la matière photographique, l’image se révèle dans des déplacements successifs. L’écart devient alors moins ce qui sépare que ce qui met en relation, ce qui permet à l’image de se transformer et de se déployer. Il ne désigne plus une distance, mais un espace de circulation où le regard continue d’apprendre à voir autrement.

Ainsi, les grottes de la Côte Sauvage deviennent les lieux d’une recherche plus large autour de l’empreinte, de l’effacement et de la réinscription des images. Ici, la photographie ne fige pas le paysage : elle accompagne ce qui, en lui, demeure en mouvement, toujours en train d’apparaître, de disparaître et de se recomposer.

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